Portrait associatif #2 : l'épicerie sociale de l'AESSEL à Limosges


Publiée le 03 juin 2021

La crise sanitaire a eu des conséquences dramatiques sur le quotidien de la jeunesse : hausse du chômage, arrêt des études, baisse du pouvoir d’achat… C’est pourquoi, du 29 mars au 2 avril, l’Agence du Don en Nature a mené son Opération Priorités Jeunesse afin de distribuer gratuitement des produits à des associations accompagnant les 15-25 ans en situation de précarité. Partenaire depuis Novembre 2020, l’AESSEL est une épicerie sociale dont l’action est en partie dédiée aux étudiants en difficulté à Limoges. Nous avons rencontré sa présidente, Nadia Medjoubi, afin de mieux comprendre son fonctionnement et les enjeux de la précarité étudiante.

Comment fonctionne une épicerie sociale et solidaire ?

Une épicerie sociale existe pour permettre à une personne en situation de fragilité de mener un projet personnel tout en faisant des économies sur des produits de la vie courante. C’est un appui qui permet à des ménages de rembourser un emprunt ou à des étudiants de ne pas choisir entre études et travail salarié. L’accès à l’épicerie se fait après l’étude d’un dossier et de pièces justificatives, en calculant un reste à vivre c’est-à-dire la somme d’argent qu’il reste à une personne ou un foyer après avoir déduit l’ensemble de ses charges de ses revenus. Nous fixons un reste à vivre de moins de 10 € par jour et par personne.

Qui sont les bénéficiaires de l’AESSEL ?

Notre épicerie se trouve dans un quartier prioritaire de la ville de Limoges, à proximité de campus universitaires. C’est donc avant tout une épicerie étudiante. La plupart des étudiants n’ont que très peu de ressources, nous leur distribuons donc plusieurs produits gratuitement. Mais nous touchons aussi des habitants du quartier qui représentent environ 20 % de nos bénéficiaires. Notre but est aussi de créer du lien social entre nos bénéficiaires afin que cette mixité entraîne des logiques d’entraide.

Nous avons beaucoup parlé de la précarité de la jeunesse ces derniers temps, quelles actions avez-vous mené envers les étudiants ?

Dans la majorité des cas, les étudiant n’avaient pas les moyens de régler la participation que nous demandions pour certains produits, nous avons donc essayé de réduire au minimum cette participation. Dès le début de la crise sanitaire en mars 2020, on a observé une explosion de la précarité notamment car beaucoup d’étudiants avaient perdu un petit boulot. En collaboration avec plusieurs acteurs comme la Banque Alimentaire, la région ou le Crous, nous avons cherché à identifier les étudiants les plus précaires et à mettre en place des distributions de colis gratuits. Au final, ce sont 240 colis qui sont distribués gratuitement 4 fois par semaine. Les colis contiennent majoritairement des denrées alimentaires mais nous essayons de les diversifier en complétant avec des produits d’hygiène que nous récupérons auprès d’autres partenaires.

En quoi le partenariat avec l’Agence du Don en Nature est-il utile pour l’épicerie ?

C’est très important ! Ça permet d’abord de réaliser des économies car se fournir dans la grande distribution est cher. A force de côtoyer des étudiants, nous nous sommes rendus compte que beaucoup n’avaient même pas les moyens de se fournir en produits d’hygiène de base comme du gel douche ou des protections hygiéniques. Donc ils finissent par se priver. Grâce à l’Agence du Don en Nature nous avons pu recevoir des produits d’hygiène mais aussi des équipements de protection comme des masques et des gels hydro alcooliques. C’était essentiel en pleine crise sanitaire. Dans le cadre de l’opération Priorités Jeunesses, nous avons aussi pu recevoir des produits de bien être comme des parfums, du maquillage, des crèmes… Tout cela gratuitement.

Quel est l’impact de cette redistribution auprès des personnes que vous accompagnez ?

Ça fait des heureux ! Nos étudiants n’arrivaient pas à croire qu’ils pouvaient recevoir des produits de luxe gratuitement. Ce ne sont peut-être pas des produits de première nécessité mais pouvoir y avoir accès les a valorisés, ça augmente leur bien-être et leur estime d’eux-mêmes, c’est essentiel.